Interview de Célia Chapelou, mandataire judiciaire à la protection des majeurs

Publié le : 
23 mars 2018
- Mis à jour le : 
23 mars 2018

Mandataire judiciaire à la protection des majeurs à l’UDAF de la Dordogne, Célia Chapelou nous parle de son métier, encore peu connu du grand public.

Depuis combien de temps êtes-vous mandataire judiciaire à la protection des majeurs ?

J’exerce ce métier depuis dix ans. Au départ, j’accompagnais les personnes dans le cadre de mesures de protection juridique en tant que conseillère en économie sociale et familiale. Depuis, conformément aux obligations de la loi du 5 mars 2007, j’ai passé le certificat national de compétence de mandataire judiciaire à la protection des majeurs.

Dans quel cadre exercez-vous votre métier ?

Je travaille à l’UDAF (Union départementale des associations familiales) de la Dordogne, une association tutélaire, au sein du service milieu ouvert qui intervient auprès de personnes vivant à domicile ou dans des résidences autonomie pour personnes âgées. J’accompagne 46 personnes qui ont des mesures de protections différentes : curatelles aménagées, curatelles renforcées, tutelles…

En quoi consiste votre métier ?

Ma mission auprès des personnes dépend du mandat que le juge des tutelles m’a confié.

D’une manière générale, je rends visite aux majeurs protégés (personnes âgées ou personnes handicapées) chez eux tous les mois ou davantage si la situation le nécessite. Nous pouvons nous rencontrer également dans les locaux de l’association ou par exemple lors de la visite d’un établissement ou d’une audience auprès du juge des tutelles.  

Pour en savoir plus sur ce métier, lire l'article le mandataire judiciaire à la protection des majeurs.

Pouvez-vous décrire vos visites au domicile des personnes ?

Lors de mes visites, je remets aux personnes leurs relevés de compte et nous faisons le point sur le budget, leur situation patrimoniale et sur leur vie quotidienne.

Nous évoquons également leurs projets (déménagement, vacances, achat de voiture…). Lorsque cela est possible, dans le cadre d’un travail sur l’autonomie, nous évoquons  les notions de prévisions budgétaires. Nous pouvons également décider de réaliser des provisions dans l’optique de la réalisation d’un  projet. Mon accompagnement est individualisé et adapté en fonction des capacités des personnes que j’accompagne.

Nous ne parlons pas seulement de budget. Nous pouvons également échanger sur des difficultés rencontrées dans le quotidien (difficultés professionnelles, successorales, familiales) ou sur des projets familiaux. Par exemple, si une personne en curatelle souhaite se marier, je dois, en qualité de curateur, donner l’autorisation. Si cette personne a un patrimoine important, je vais travailler avec elle à l’élaboration éventuelle d’un contrat de mariage, pour assurer la protection de ses biens propres.

Avec quels professionnels êtes-vous en lien ?

Je travaille bien évidemment avec les juges des tutelles. Je les informe par des notes de situation ou je les sollicite en déposant des requêtes lorsque cela est nécessaire.

Je suis régulièrement en lien avec les autres organismes intervenant auprès des personnes que j’accompagne : services sociaux, services d’aide ou de soins à domicile, services de santé… C’est un métier où l’on travaille en partenariat.

Quelle est la procédure pour vous demander d’intervenir ?

Nous ne pouvons pas être sollicités directement par les personnes ou les familles. Lorsque le juge des tutelles constate qu’aucun membre de la famille de la personne à protéger ne peut ou ne veut assurer la mission de tuteur ou curateur, il désigne nommément un mandataire individuel ou une association tutélaire.

La personne protégée peut-elle changer de mandataire judicaire ?

Tout à fait. La personne protégée peut solliciter l’association tutélaire en cas de difficultés.

Si des difficultés persistent, ou en cas de désaccord entre la personne protégée et nos services, elle peut s’adresser directement au juge des tutelles. Dans ce cadre, le juge des tutelles reçoit la personne protégée afin de faire le point et évaluer la situation. S’il estime que la demande est légitime, le juge désigne alors une autre association tutélaire ou bien un mandataire privé.

D’une manière générale, la personne protégée peut, à n’importe quel moment, saisir le juge des tutelles. Je le rappelle souvent aux personnes que j’accompagne.

Combien coûte votre intervention ?

La personne protégée participe au financement de la mesure de protection dont elle bénéficie au prorata de ses ressources en fonction d’un barème national qui définit une participation mensuelle forfaitaire.  En dessous d’un certain seuil de revenus, les personnes n’ont rien à payer. C’est l’Etat qui prend alors en charge l’intégralité du coût.

Quels sont vos liens avec les familles ?

Chaque situation est différente. D’une manière générale, quand la famille est présente, il est très agréable de travailler avec elle. Je pense notamment à une dame que j’ai accompagnée dans le cadre d’une entrée en maison de retraite. Son fils était très investi et nous avons été en lien étroit tout au long du processus d’admission jusqu’à l’installation de cette dame dans l’établissement. 

Nous sommes cependant soumis au secret professionnel. Par exemple, nous ne pouvons pas répondre aux questions de la famille sur la situation des comptes. Le majeur protégé décide seul s’il souhaite discuter de sa situation financière avec ses proches.

Il faut savoir que la famille a également le droit de saisir le juge des tutelles si elle a des questions sur l’exercice de la mesure de protection.

Qu’aimez-vous dans votre métier ?

Notre métier est méconnu et ne bénéficie pas toujours d’une image positive. C’est dommage car c’est un métier très riche, du fait de la diversité du public accompagné et des mandats confiés. Nous sommes au cœur du quotidien des personnes dans un rôle d’accompagnement individualisé.

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